Le Docteur Boufelja et l’infirmier Chakor avaient regagné l’hôpital de Midelt. Ils étaient contents et satisfaits de leur mission de vaccination bien accomplie. Ils garderaient sans aucun doute, leur vie durant, une bonne impression et un souvenir exquis de leur séjour dans ce Maroc profond.
Ouadichane, lui, avait décidé d’allonger son séjour de quelques jours, dans la région pour essayer d’arranger quelques problèmes personnels.
Après la longue veillée chez son ami Oukezza, Ouadichane n’arrivait pas à trouver le sommeil. Il se retournait toute la nuit sous le lourd Ahedoune, à penser à son manque d’argent. Il se posait beaucoup de questions.
- Pourquoi est ce que je n’ai pas hérité de mes ancêtres le principe qui est le leur et selon lequel « il faut épargner sans même savoir pourquoi et pour qui » ?
Pourquoi est ce que je ne me suis pas comporté comme les miens, les Ait Ouadichane, qui font tout leur possible pour éviter les dettes ? Il soupirait en pensant à tout l’argent qu’il avait vilipendé, sans réfléchir, à Meknès, au début de sa carrière. Il se remémorait également les tournées générales qu’il offrait, avec l’argent de ses premiers rappels, dans différents bars de la ville. Il ne pouvait s’empêcher de penser aux crédits de consommation qui étaient au dessus de ses moyens et qu’il avait contracté , poussé par son épouse et attiré par les publicités mercantiles des banques. Rien que la chambre à coucher, que son épouse avait d'ailleurs laissée chez sa mère après leur déménagement à Midelt, lui avait couté quinze mille dirhams ! (l’équivalent de quatre mois de son salaire).
On souffre souvent par ses propres fautes, disait Khalti Aicha Bassou. Les braves gens du village, pourtant ignorants, n’auraient pas agi comme il avait agi, lui qui était instruit. Ali Outamghart ne lui avait –il pas dit, sous les chênes jumeaux, quand il lui avait raconté tout cela :
- taghrit alliy t’felsed ! (plus on a de connaissance, plus on est de travers dans la vie)
Ouadichane, dont le cœur aime, et qui pendant ces dernières semaines, avait consacré à Tassekourt tout son être, avait aujourd’hui, pour concrétiser son rêve et son bonheur, grand besoin d’argent. Mais où le trouver ? Il réfléchissait longuement, et finit par songer à son père. Son père était assez aisé. Il possédait plusieurs lopins de terrains, un bon troupeau de moutons et quelques vaches. Ouadichane n’espérait récupérer que l’héritage lui revenant de sa mère : un iyer n’daou n’taroua (un champ irrigué), dont le cout, selon l’estimation de son oncle, était de quatre vingt dix milles dirhams.
Ouadichane resserrait dans son âme cette perspective du bonheur et partit loin en pensée.
- J’aurais neuf millions de centimes tout à moi. Je divorcerai avec Souad, je demanderai ma mutation à Tounfit, chef lieu de ma région, et j’irai trouver le père de Tassekourt pour lui demander directement la main de sa fille. Je lui dirai : je requiers l’honneur d’entrer dans ta famille, je déclinerai mon identité : Ouadichan, l’infirmier major, de la circonscription sanitaire de Tounfit, ayant travaillé à Meknès et à Midelt, fils des Ait Ouadichane. Qui ne connaissait pas les Ait Ouadichane à Taghzout ? Des gens travailleurs, simples et honnêtes. Des gens braves qui n’avaient rien à voir avec les véreux Ait Oubaw. L’homme ne pourrait que me faire bon accueil.
dimanche 5 juillet 2009
dimanche 21 juin 2009
Le monde de Aicha Bassou (40)
Epuisée de lassitude, et de découragement, songeant à son père qu’elle connaissait entêté, Tassekourt, en dépit de l’heureuse perspective d’un mariage avec Ouadichane, sombrait dans des rêveries taciturnes.
Hajjou, qui avait fini de traire la vache, sortit de l’écurie. Elle remarqua que sa cousine était triste.
- Tassekourt, pourquoi donc cette mine d’enterrement, est ce encore cette histoire de mariage avec Oubaw ?
Tassekourt hocha la tête en silence
- Mais tu sais que Nana Aicha, mon père et Ouadichane sauront toujours trouver une solution.
- C’est vrai qu’ils veulent tous m’aider, mais je ne crois pas qu’il puisse y avoir de solution. Je connais le caractère tordu de mon père. Il persistera avec acharnement dans son projet.
- Voyons, ne sois pas pessimiste !
- Tu ne connais pas le tempérament de mon père, Hajjou. Il est plus capricieux que personne, en plus il n’a aucune attention pour moi. Il me déteste.
- Comment peux-tu avoir des idées pareilles ? Qu’elle raison y aurait il pour qu’un père déteste sa fille ?
- Maman me l’avait dit depuis longtemps. Elle m’avait dit que ma naissance lui avait infligé une cruelle déception. Il voulait un fils qui puisse le valoriser aux yeux de tous.
Et il déteste également ma mère qui ne lui avait donné que des filles, quatre filles. Il l’insultait tout le temps. Il lui endossait la responsabilité de la naissance des filles.
- Ne te laisse pas emporter par ton imagination, tu es belle , tu auras , j’en suis certaine, un bel avenir devant toi.
- Ma beauté ? Mon père veut l’exploiter. Quand il a constaté que j’embellis en grandissant , il a cherché à me marier avec quelqu’un comme Oubaw pour que je lui apporte ce qu’un garçon aurait pu lui donner, le soutien matériel et, peut être une position sociale . Ira adiy zenze( il veut me vendre). Mais je ne suis pas une vache. Je refuse cette union, continua alors Tassekourt d’une voix vibrante. Il n’a pas le droit de me marier contre mon gré. Il ne m’unira pas de force avec un vieux dont je ne veux pas ! Un homme que je n’estime pas. Jamais je ne consentirai à ce mariage, jamais !
Hajjou ne pouvait plus continuer à écouter en silence .Les paroles de sa cousine lui apprenaient quelque chose de nouveau. Elle réalisait seulement maintenant que l’existence de sa cousine était malheureuse. Elle s’approcha d’elle, lui lissa doucement les cheveux et lui dit :
- Chasse de ton esprit ces images pessimistes et pense à ton mariage avec Ouadichane n’chaallah ! Allons, entrons , il commence à faire froid !
Tout en se dirigeant vers la cuisine, Tassekourt dit :
- Je voudrais bien dire oui à Ouadichane, je voudrais bien lui dire que j’accepte de l’épouser, mais , plus ce désir se fait pressant plus il s’unit à la crainte que ce bonheur de notre union ne soit qu’un rêve.Car en plus de mon énorme obstacle, Ouadichane a également des problèmes à résoudre.
- Ne sois pas pessimiste , encore une fois, Ouadichane est un homme instruit, qui a vécu en ville, il saura surement résoudre ses problèmes. Et saches une chose, ce garçon t’adore, je l’ai entendu dire à Mha que tu es une étoile qui ne brillait que pour lui. Il ne cesse de remercier Dieu de l’avoir conduit dans cette expédition médicale à Tighermin pour bénéficier de ta clarté . Cette clarté qui va être la source de son courage, qui va l’aider à vaincre sa timidité, et lui permettre de réaliser son rêve.
Tassekourt se sentit réconfortée. Les belles paroles de sa cousine avaient suffi à soulager la peine qui pesait sur son cœur.
Hajjou, qui avait fini de traire la vache, sortit de l’écurie. Elle remarqua que sa cousine était triste.
- Tassekourt, pourquoi donc cette mine d’enterrement, est ce encore cette histoire de mariage avec Oubaw ?
Tassekourt hocha la tête en silence
- Mais tu sais que Nana Aicha, mon père et Ouadichane sauront toujours trouver une solution.
- C’est vrai qu’ils veulent tous m’aider, mais je ne crois pas qu’il puisse y avoir de solution. Je connais le caractère tordu de mon père. Il persistera avec acharnement dans son projet.
- Voyons, ne sois pas pessimiste !
- Tu ne connais pas le tempérament de mon père, Hajjou. Il est plus capricieux que personne, en plus il n’a aucune attention pour moi. Il me déteste.
- Comment peux-tu avoir des idées pareilles ? Qu’elle raison y aurait il pour qu’un père déteste sa fille ?
- Maman me l’avait dit depuis longtemps. Elle m’avait dit que ma naissance lui avait infligé une cruelle déception. Il voulait un fils qui puisse le valoriser aux yeux de tous.
Et il déteste également ma mère qui ne lui avait donné que des filles, quatre filles. Il l’insultait tout le temps. Il lui endossait la responsabilité de la naissance des filles.
- Ne te laisse pas emporter par ton imagination, tu es belle , tu auras , j’en suis certaine, un bel avenir devant toi.
- Ma beauté ? Mon père veut l’exploiter. Quand il a constaté que j’embellis en grandissant , il a cherché à me marier avec quelqu’un comme Oubaw pour que je lui apporte ce qu’un garçon aurait pu lui donner, le soutien matériel et, peut être une position sociale . Ira adiy zenze( il veut me vendre). Mais je ne suis pas une vache. Je refuse cette union, continua alors Tassekourt d’une voix vibrante. Il n’a pas le droit de me marier contre mon gré. Il ne m’unira pas de force avec un vieux dont je ne veux pas ! Un homme que je n’estime pas. Jamais je ne consentirai à ce mariage, jamais !
Hajjou ne pouvait plus continuer à écouter en silence .Les paroles de sa cousine lui apprenaient quelque chose de nouveau. Elle réalisait seulement maintenant que l’existence de sa cousine était malheureuse. Elle s’approcha d’elle, lui lissa doucement les cheveux et lui dit :
- Chasse de ton esprit ces images pessimistes et pense à ton mariage avec Ouadichane n’chaallah ! Allons, entrons , il commence à faire froid !
Tout en se dirigeant vers la cuisine, Tassekourt dit :
- Je voudrais bien dire oui à Ouadichane, je voudrais bien lui dire que j’accepte de l’épouser, mais , plus ce désir se fait pressant plus il s’unit à la crainte que ce bonheur de notre union ne soit qu’un rêve.Car en plus de mon énorme obstacle, Ouadichane a également des problèmes à résoudre.
- Ne sois pas pessimiste , encore une fois, Ouadichane est un homme instruit, qui a vécu en ville, il saura surement résoudre ses problèmes. Et saches une chose, ce garçon t’adore, je l’ai entendu dire à Mha que tu es une étoile qui ne brillait que pour lui. Il ne cesse de remercier Dieu de l’avoir conduit dans cette expédition médicale à Tighermin pour bénéficier de ta clarté . Cette clarté qui va être la source de son courage, qui va l’aider à vaincre sa timidité, et lui permettre de réaliser son rêve.
Tassekourt se sentit réconfortée. Les belles paroles de sa cousine avaient suffi à soulager la peine qui pesait sur son cœur.
dimanche 7 juin 2009
Le monde de Aicha Bassou (39)
Ce soir là, quand Ouadichane tapa à la porte , Aicha Bassou était installée sous l’asekif en compagnie de sa bru, de Hajjou et de Tassekourt. Elles buvaient toutes les quatre le thé à l’absinthe tout en discutant avec animation. Lorsque Ouadichane pénétra dans la cour, les femmes se turent. Aicha Bassou l’appela
- A memis n’ait Ouadichane, adoud rikh adach saouelekh choui (fils d’Ouadichane, j’ai à te parler).
Rabha, Hajjou et Tassekourt quitèrent le préau et laissèrent la vieille femme en tête à tête avec l’infirmier.
- Je croyais trouver ici Ali Ou M’ha , dit il précipitamment pour cacher sa gêne. La vieille femme lui tendit une peau de mouton . Il s’assit près d’elle. Rabha lui apporta un bol contenant du beurre fondu et du miel local avec du pain chaud. Lorsqu’il eut fini de manger , Aicha Bassou qui savait s’y prendre pour faire parler les gens, lui eut servi encore exprès du thé . On dirait qu’elle lui servait de l’eau de vie. Elle apprit tout ce qu’elle voulait apprendre. Ouadichane débita tout le mal possible sur le compte de son épouse Souad et sur celui de sa belle mère vivant à Meknès. Il lui parla en détails de ses crédits, de la colère que son père avait prise lorsqu’il s’était marié avec une citadine.
La vieille femme suivait attentivement tout ce que Ouadichane lui racontait , elle apprit ainsi quelles étaient ses conditions de vie en ville . Il l’émouvait , elle pensait qu’il était un être timide et faible. Il lui inspira un sentiment de pitié. Ouadichane aurait il encore vidé son sac si Aicha Bassou ne l’avait pas interrompu. Elle marmonna :
- Khantach youâoud amemi ! ( tu as beaucoup de problèmes, mon fils !)
Elle leva ses yeux vers lui , puis les baissa rapidement , fuyant son regard, et ajouta :
on souffre souvent par sa propre faute !
Je ne vois pas comment tu vas pouvoir te depêtrer de cet imbroglio .Le mariage, mon fils, est une responsabilité avec laquelle on ne doit pas jouer. Et elle continua :
- J’aime bien Tassekourt, cette jeune fille est intelligente , travailleuse et son cœur est encore plus beau que son visage. J’espère que si jamais tu l’épouses , tu ne vas pas le faire seulement pour sa beauté , car la beauté s’en va et vient alors l’abandon !
- Non, khalti Aicha, j’adore cette fille et je veux en faire mon épouse n’ouabda (de toujours), je suis sur que notre mariage réussira pour la simple raison que Tassekourt est de mon fief, elle a la même éducation que moi et nous sommes de mentalité semblable. Il baissa tout à coup la voix et implora la vieille femme :
- J’ai une grande faveur à te demander khalti Aicha, essaye de persuader le père de Tassekourt pour qu’il annule sa promesse de mariage avec Oubaw.
- Cela, je comptais le faire , répondit Aicha Bassou.J’aime bien Tassekourt et je commence à t’aimer toi aussi, je ferai de mon mieux pour votre union, Inchaallah !
Les paroles de la sympathique femme allégèrent le fardeau de desespoir d’Oudichane.
- A memis n’ait Ouadichane, adoud rikh adach saouelekh choui (fils d’Ouadichane, j’ai à te parler).
Rabha, Hajjou et Tassekourt quitèrent le préau et laissèrent la vieille femme en tête à tête avec l’infirmier.
- Je croyais trouver ici Ali Ou M’ha , dit il précipitamment pour cacher sa gêne. La vieille femme lui tendit une peau de mouton . Il s’assit près d’elle. Rabha lui apporta un bol contenant du beurre fondu et du miel local avec du pain chaud. Lorsqu’il eut fini de manger , Aicha Bassou qui savait s’y prendre pour faire parler les gens, lui eut servi encore exprès du thé . On dirait qu’elle lui servait de l’eau de vie. Elle apprit tout ce qu’elle voulait apprendre. Ouadichane débita tout le mal possible sur le compte de son épouse Souad et sur celui de sa belle mère vivant à Meknès. Il lui parla en détails de ses crédits, de la colère que son père avait prise lorsqu’il s’était marié avec une citadine.
La vieille femme suivait attentivement tout ce que Ouadichane lui racontait , elle apprit ainsi quelles étaient ses conditions de vie en ville . Il l’émouvait , elle pensait qu’il était un être timide et faible. Il lui inspira un sentiment de pitié. Ouadichane aurait il encore vidé son sac si Aicha Bassou ne l’avait pas interrompu. Elle marmonna :
- Khantach youâoud amemi ! ( tu as beaucoup de problèmes, mon fils !)
Elle leva ses yeux vers lui , puis les baissa rapidement , fuyant son regard, et ajouta :
on souffre souvent par sa propre faute !
Je ne vois pas comment tu vas pouvoir te depêtrer de cet imbroglio .Le mariage, mon fils, est une responsabilité avec laquelle on ne doit pas jouer. Et elle continua :
- J’aime bien Tassekourt, cette jeune fille est intelligente , travailleuse et son cœur est encore plus beau que son visage. J’espère que si jamais tu l’épouses , tu ne vas pas le faire seulement pour sa beauté , car la beauté s’en va et vient alors l’abandon !
- Non, khalti Aicha, j’adore cette fille et je veux en faire mon épouse n’ouabda (de toujours), je suis sur que notre mariage réussira pour la simple raison que Tassekourt est de mon fief, elle a la même éducation que moi et nous sommes de mentalité semblable. Il baissa tout à coup la voix et implora la vieille femme :
- J’ai une grande faveur à te demander khalti Aicha, essaye de persuader le père de Tassekourt pour qu’il annule sa promesse de mariage avec Oubaw.
- Cela, je comptais le faire , répondit Aicha Bassou.J’aime bien Tassekourt et je commence à t’aimer toi aussi, je ferai de mon mieux pour votre union, Inchaallah !
Les paroles de la sympathique femme allégèrent le fardeau de desespoir d’Oudichane.
samedi 30 mai 2009
Le monde de Aicha Bassou (38)
C’était un splendide après midi, du mois de Novembre, on aurait dit une journée de Mai. Le soleil baignait dans le ciel. Telle de la laine cardée , quelques nuées flottaient dans l’azur infini. L’air était d’une fraicheur incomparable. Derrière les gros troncs des deux chênes jumeaux, la brise venant d’Al Ayachi effleura le visage d’Ouadichane. Et comme une caresse, elle lui procurait une sensation de bien être et de joie qui lui faisait oublier momentanément ses soucis.
Près de la source, des femmes et des jeunes filles avaient déposé leurs Tiqellaline (jarres) en demi-cercles. Elles causaient entre elles à haute voix. Leurs voix étaient harmonieuses et s’apparentaient avec les cris des oiseaux de la région.
A Tighermine on fait grand usage de l’organe vocal dans leur vie quotidienne, les gens exposent leurs problèmes à haute voix et se hèlent de colline en colline :
- Wa Mha, inas i Said …..
Ouadichane, de sa cachette avait remarqué sa bien aimée. Elle ne portait pas la coiffe du pays. Son opulente chevelure dorée était nattée en tresses lisses (Tiwanziouines.) Elle était drapée d’une Tahendirt blanche . La belle voix de Tassekourt que la brise rapportée de temps en temps à Ouadichane déjouaiटी tout ses systèmes d’alarmes et ravissait son coeur.
Il était assailli par des sensations sur lesquelles il n’avait aucune prise. Son cœur battait sans pitié. A un certain moment, l’Aghbalou se vidait , Ouadichane vit son aimée avec sa jarre sur l’épaule déboucher dans la ruelle menant à la maison de Aicha Bassou. Il la suivit , et, tel un chasseur qui fonce sur sa proie, il lui emboita le pas sans réfléchir . Il obéissait ainsi à un reflexe de chasse venant de la nuit des temps. Il passa derrière la petite place du village et obliqua sur elle. Au bout d’un moment il marcha au pas de sa belle. Il lui sourit et dit :
- Bonsoir ! Comment vas-tu ?
- Bien, répondit elle, en levant ses beaux yeux vers lui. Elle rougit et baissa rapidement ses yeux fuyant son regard.
Ouadichane perdit la parole. Il avait la gorge sèche, sa pomme d’Adam montait et descendait, le silence a duré plusieurs secondes Il fallait pourtant se décider à le rompre. Et c’est Tassekourt qui parla la première. Gagnée par la gêne et la méfiance, elle lui dit :
- Meytrid dghi? our thechimt zi meden ? (que veux-tu ? comment as tu pu agir ainsi devant tout le monde?
Ouadichane qui avait beaucoup de difficulté à s’exprimer parvint tout de même à lui dire :
- Je te demande de me pardonner, je voulais te parler depuis longtemps, mais je n’en ai trouvé l’occasion qu’aujourd’hui.
Tassekourt s’arrêta , déposa sa Taqellalt, le regarda en essayant de sourire
- Qu’est ce que tu veux me dire ?
- Niytinou tesfa ! rikh achmaoulekh ! (j’ai de bonnes intentions ! je voudrais t’épouser !)
Tassekourt rougit baissa ses yeux, il s’écoula un moment दे silence , puis elle reprit sa jarre et se remit à marcher. Elle murmura d’une voix douce :
- Ce n’est pas à moi qu’il faut parler de ces choses là.
- J’irais donc demander ta main à ton père ?
- Non, pas mon père, répéta -t -elle en hâtant le pas, vas y chez Khalti Aicha Bassou.
Ouadichane poussa un soupir de soulagement. Que pouvait-il espérer de mieux. Sa bien aimée venait de l’inviter à agir. Il se sentait gonflé d’orgueil et de vanité.
Il était heureux. Tassekourt , la maison de Aicha Bassou, Tighermin et l’Aghbalou le soulaient, et l’avenir lui sembla tout à coup facile.
Près de la source, des femmes et des jeunes filles avaient déposé leurs Tiqellaline (jarres) en demi-cercles. Elles causaient entre elles à haute voix. Leurs voix étaient harmonieuses et s’apparentaient avec les cris des oiseaux de la région.
A Tighermine on fait grand usage de l’organe vocal dans leur vie quotidienne, les gens exposent leurs problèmes à haute voix et se hèlent de colline en colline :
- Wa Mha, inas i Said …..
Ouadichane, de sa cachette avait remarqué sa bien aimée. Elle ne portait pas la coiffe du pays. Son opulente chevelure dorée était nattée en tresses lisses (Tiwanziouines.) Elle était drapée d’une Tahendirt blanche . La belle voix de Tassekourt que la brise rapportée de temps en temps à Ouadichane déjouaiटी tout ses systèmes d’alarmes et ravissait son coeur.
Il était assailli par des sensations sur lesquelles il n’avait aucune prise. Son cœur battait sans pitié. A un certain moment, l’Aghbalou se vidait , Ouadichane vit son aimée avec sa jarre sur l’épaule déboucher dans la ruelle menant à la maison de Aicha Bassou. Il la suivit , et, tel un chasseur qui fonce sur sa proie, il lui emboita le pas sans réfléchir . Il obéissait ainsi à un reflexe de chasse venant de la nuit des temps. Il passa derrière la petite place du village et obliqua sur elle. Au bout d’un moment il marcha au pas de sa belle. Il lui sourit et dit :
- Bonsoir ! Comment vas-tu ?
- Bien, répondit elle, en levant ses beaux yeux vers lui. Elle rougit et baissa rapidement ses yeux fuyant son regard.
Ouadichane perdit la parole. Il avait la gorge sèche, sa pomme d’Adam montait et descendait, le silence a duré plusieurs secondes Il fallait pourtant se décider à le rompre. Et c’est Tassekourt qui parla la première. Gagnée par la gêne et la méfiance, elle lui dit :
- Meytrid dghi? our thechimt zi meden ? (que veux-tu ? comment as tu pu agir ainsi devant tout le monde?
Ouadichane qui avait beaucoup de difficulté à s’exprimer parvint tout de même à lui dire :
- Je te demande de me pardonner, je voulais te parler depuis longtemps, mais je n’en ai trouvé l’occasion qu’aujourd’hui.
Tassekourt s’arrêta , déposa sa Taqellalt, le regarda en essayant de sourire
- Qu’est ce que tu veux me dire ?
- Niytinou tesfa ! rikh achmaoulekh ! (j’ai de bonnes intentions ! je voudrais t’épouser !)
Tassekourt rougit baissa ses yeux, il s’écoula un moment दे silence , puis elle reprit sa jarre et se remit à marcher. Elle murmura d’une voix douce :
- Ce n’est pas à moi qu’il faut parler de ces choses là.
- J’irais donc demander ta main à ton père ?
- Non, pas mon père, répéta -t -elle en hâtant le pas, vas y chez Khalti Aicha Bassou.
Ouadichane poussa un soupir de soulagement. Que pouvait-il espérer de mieux. Sa bien aimée venait de l’inviter à agir. Il se sentait gonflé d’orgueil et de vanité.
Il était heureux. Tassekourt , la maison de Aicha Bassou, Tighermin et l’Aghbalou le soulaient, et l’avenir lui sembla tout à coup facile.
vendredi 22 mai 2009
Le monde de Aicha Bassou (37)
Une fois de plus, Ouadichane bénéficiait de l’hospitalité des Ait Bassou. Après le départ des autres invités, il sortit se soulager à l’extérieur et retourna dormir dans son coin habituel près du vieux Moha Ounbarch. Sous la lourde couverture de laine (ahedoun), il dormait profondément et fit un rêve : Il se voyait avec sa bien aimée dans une vallée pittoresque, se trouvant au pied de deux crêtes peuplées de majestueux cèdres, plusieurs fois centenaires, de beaux chênes et de genévriers. Dans la dépression de la vallée, un alpage (almou) toujours vert, avec des sources partout alimentant une petite rivière
Bordée de peupliers et de saule pleureurs. Le spectacle des oiseaux étaient merveilleux.
Le silence était seulement troublé par le murmure de la petite rivière et les cris des oiseaux : des tourterelles, des perdrix, des cailles, des corneilles ….et d’autres oiseaux spécifiques à la région, des oiseaux Ait Yafelmane.
Tassekourt était radieuse, et la joie dilatait ses prunelles noires. Elle lui montrait du doigt le lieu où ils allaient s’établir, un petit campement fait de quelques tentes en poil de chèvre appartenant à Mha et Hajou et aux autres éleveurs de Tighermin.
Près des tentes, il y avait des groupes d’ovins et de caprins, quelques mulets, des vaches et des chiens:de beaux bergers de l’Atlas.
Ces nombreuses bêtes n’avaient chaque jour que quelques mètres à faire pour se rassasier d’herbes fines et tendres.
Ouadichane se vit grand éleveur, la djellaba et le turban lui allaient à merveille, il était calme et serein, son visage était bronzé comme un soldi (vieil écu). Il suivait son troupeau. Tassekourt n’était pas loin, elle portait dans ses bras un alekagh , agneau d’un jour, d’une blancheur immaculée. Tassekourt aimait les agneaux et les chevreaux qui venaient de naitre.
Tout au bout de l’alpage Ouadichane , le berger, aperçût Ouadichane l’infirmier. Ce dernier était triste et portait une barbe de plusieurs jours. Cela se voyait qu’il ployait sous le joug des problèmes et des soucis. Les deux Ouadichane , le berger et l’infirmier, se trouvaient face à face. Ils s’observèrent longuement, leur pomme d’Adam montaient et descendaient rapidement. Tout à coup ils commencèrent à se mesurer corps à corps, l’un luttant contre l’autre. Tighilt (lutte berbère) n’a duré que quelques minutes. Le berger parvint à faire tomber l’infirmier au sol. Il remporta le défi. L’infirmier lança un cri qui réveilla le vieil homme à côté. Une odeur nauséabonde remplissait la maison. C’était l’odeur du Fassoukh (une fumigation à base d’une résine de mauvaise odeur) avec laquelle Aicha Bassou - la gardienne des traditions – croyait faire éloigner tit ikhan (le mauvais œil) ainsi que le mauvais sort des nouveaux fiancés.
En se réveillant Ouadichan laissa échapper un rire étouffé, le duel du rêve lui fit sentir qu’il était fait d’une trame hétérogène, pour plus que la moitié campagnard, berger et éleveur, et pour un quart seulement infirmier et pour moins d’un quart citadin. Il se répéta qu’en réalité il ne serait mieux que dans son fief.
Les odeurs du fassoukh s’éloignèrent et une sorte de paix descendit sur lui.. Il prit la ferme décision de vaincre sa timidité et d’affronter sa bien aimée.
Bordée de peupliers et de saule pleureurs. Le spectacle des oiseaux étaient merveilleux.
Le silence était seulement troublé par le murmure de la petite rivière et les cris des oiseaux : des tourterelles, des perdrix, des cailles, des corneilles ….et d’autres oiseaux spécifiques à la région, des oiseaux Ait Yafelmane.
Tassekourt était radieuse, et la joie dilatait ses prunelles noires. Elle lui montrait du doigt le lieu où ils allaient s’établir, un petit campement fait de quelques tentes en poil de chèvre appartenant à Mha et Hajou et aux autres éleveurs de Tighermin.
Près des tentes, il y avait des groupes d’ovins et de caprins, quelques mulets, des vaches et des chiens:de beaux bergers de l’Atlas.
Ces nombreuses bêtes n’avaient chaque jour que quelques mètres à faire pour se rassasier d’herbes fines et tendres.
Ouadichane se vit grand éleveur, la djellaba et le turban lui allaient à merveille, il était calme et serein, son visage était bronzé comme un soldi (vieil écu). Il suivait son troupeau. Tassekourt n’était pas loin, elle portait dans ses bras un alekagh , agneau d’un jour, d’une blancheur immaculée. Tassekourt aimait les agneaux et les chevreaux qui venaient de naitre.
Tout au bout de l’alpage Ouadichane , le berger, aperçût Ouadichane l’infirmier. Ce dernier était triste et portait une barbe de plusieurs jours. Cela se voyait qu’il ployait sous le joug des problèmes et des soucis. Les deux Ouadichane , le berger et l’infirmier, se trouvaient face à face. Ils s’observèrent longuement, leur pomme d’Adam montaient et descendaient rapidement. Tout à coup ils commencèrent à se mesurer corps à corps, l’un luttant contre l’autre. Tighilt (lutte berbère) n’a duré que quelques minutes. Le berger parvint à faire tomber l’infirmier au sol. Il remporta le défi. L’infirmier lança un cri qui réveilla le vieil homme à côté. Une odeur nauséabonde remplissait la maison. C’était l’odeur du Fassoukh (une fumigation à base d’une résine de mauvaise odeur) avec laquelle Aicha Bassou - la gardienne des traditions – croyait faire éloigner tit ikhan (le mauvais œil) ainsi que le mauvais sort des nouveaux fiancés.
En se réveillant Ouadichan laissa échapper un rire étouffé, le duel du rêve lui fit sentir qu’il était fait d’une trame hétérogène, pour plus que la moitié campagnard, berger et éleveur, et pour un quart seulement infirmier et pour moins d’un quart citadin. Il se répéta qu’en réalité il ne serait mieux que dans son fief.
Les odeurs du fassoukh s’éloignèrent et une sorte de paix descendit sur lui.. Il prit la ferme décision de vaincre sa timidité et d’affronter sa bien aimée.
dimanche 3 mai 2009
Le monde de Aicha Bassou (36)
Du côté des femmes, l’ambiance n’avait rien à envier à celle des hommes. L’atmosphère dans Tanesrit était bruyante, le babillage des femmes et de leurs enfants était agréable. La lumière ocre dégagée par l’almessi faisait vaciller les ombres sur le mur en pisée. Les invitées et leurs enfants étaient serrés autour des tajines. Il y avait trois Tissequimin ( assises autour des plats).
Aicha Bassou, toute à ses devoirs d’hôte, invitait à manger.
- Tchat, m’rehba issoun ! (mangez, vous êtes les bienvenus !)
Tamhaouecht, la guérisseuse du patelin s’adressa à son amie Aicha :
- Et c’est pour quand le mariage ?
- Après la moisson, si nous sommes toujours en vie, répondit Aicha.
Taoudouhant n’arrêtait pas de parler avec Tassekourt et Hajjou qui étaient dans sa Tassequimt. Cette femme sympathique avait une bonne humeur qui portait à la conversation. Taoudouhant aimait parler. Elle faisait rire les jeunes filles avec ses potins et ses anecdotes coquines.
Après le diner, la solitaire depuis toujours , Aicha Lahmoum, une vieille femme rabougrie feignit d’être gênée par le froid , étant près de la porte, changea de place. En réalité , elle ne fit que s’approcher de Tassekourt. Curieuse, malgé elle, elle lui posa la question :
- C’est bien toi qu’on veut marier de force à Oubaw ?
Tassekourt hocha de la tête en guise de réponse.
Elle se demandait ce qu’il y avait dans l’esprit de la vieille dame. Aicha Lahmoum, les mains autour de son verre de thé, buvait à petits coups et commençait à parler de la mère d’Oubaw qu’elle connaissait très bien pour avoir été sa voisine à Taghzout.
- Zinba n’barch, Aqbou n’jehenem!(une souche d’enfer!), que Dieu t’éloigne d’elle.
Cette femme, toujours debout, avec son trousseau de clés attaché à sa ceinture ne parle que pour donner des ordres. Et à la moindre résistance, on l’entend répéter à ses brus avec colère :
- Ourda sbertoukh, ourta moutekh. (je ne radote pas, je suis encore vivante.)
Zinba n’barch torturait ses brus avec talent. Elle peut même passer aux yeux des gens, qui ne la connaissent pas, pour une sainte.
Tassekourt sentit tout son sang lui affluer à la tête. La colère lui noua l’estomac.
Taoudouhant , qui avait constaté la tension de l’atmosphère, changea carement de sujet. Elle raconta aux jeunes filles la survenue de ses premières règles.
Un jour, cela remonte déjà à plusieurs années, elle était toute seule dans l’almou (prairie) surplombant leur maison, elle gardait les vaches du village, soudain elle remarqua du sang qui coulait entre ses cuisses, elle commença à appeler sa mère avec le visage défiguré de peur :
- Ayou, ayou ! ata yrid âarid syan oucharouid, hatin gounzerekh zi daou ! maman, maman, viens à ma rencontre avec un torchon, je suis entrain de saigner d’en bas ! ( mot à mot : j’ai l’épistaxis d’en bas)
Taoudouhant termina son récit :
- je n’arriverai jamais à oublier ce moment.
Tassekourt, Hajjou et les autres jeunes filles pouffèrent de rire.
A la fin de la soirée, sur le seuil de la porte, les femmes ne tarirent pas d’éloge sur l’hospitalité d’Aicha Bassou, sur son excellent diner.
La grand-mère de Rahou aneghdim lui ramena dans son Aâboun ( dorne) une partie de son repas enroulé dans un morceau de papier bleu servant à l’emballage des pains de sucre.
Aicha Bassou, toute à ses devoirs d’hôte, invitait à manger.
- Tchat, m’rehba issoun ! (mangez, vous êtes les bienvenus !)
Tamhaouecht, la guérisseuse du patelin s’adressa à son amie Aicha :
- Et c’est pour quand le mariage ?
- Après la moisson, si nous sommes toujours en vie, répondit Aicha.
Taoudouhant n’arrêtait pas de parler avec Tassekourt et Hajjou qui étaient dans sa Tassequimt. Cette femme sympathique avait une bonne humeur qui portait à la conversation. Taoudouhant aimait parler. Elle faisait rire les jeunes filles avec ses potins et ses anecdotes coquines.
Après le diner, la solitaire depuis toujours , Aicha Lahmoum, une vieille femme rabougrie feignit d’être gênée par le froid , étant près de la porte, changea de place. En réalité , elle ne fit que s’approcher de Tassekourt. Curieuse, malgé elle, elle lui posa la question :
- C’est bien toi qu’on veut marier de force à Oubaw ?
Tassekourt hocha de la tête en guise de réponse.
Elle se demandait ce qu’il y avait dans l’esprit de la vieille dame. Aicha Lahmoum, les mains autour de son verre de thé, buvait à petits coups et commençait à parler de la mère d’Oubaw qu’elle connaissait très bien pour avoir été sa voisine à Taghzout.
- Zinba n’barch, Aqbou n’jehenem!(une souche d’enfer!), que Dieu t’éloigne d’elle.
Cette femme, toujours debout, avec son trousseau de clés attaché à sa ceinture ne parle que pour donner des ordres. Et à la moindre résistance, on l’entend répéter à ses brus avec colère :
- Ourda sbertoukh, ourta moutekh. (je ne radote pas, je suis encore vivante.)
Zinba n’barch torturait ses brus avec talent. Elle peut même passer aux yeux des gens, qui ne la connaissent pas, pour une sainte.
Tassekourt sentit tout son sang lui affluer à la tête. La colère lui noua l’estomac.
Taoudouhant , qui avait constaté la tension de l’atmosphère, changea carement de sujet. Elle raconta aux jeunes filles la survenue de ses premières règles.
Un jour, cela remonte déjà à plusieurs années, elle était toute seule dans l’almou (prairie) surplombant leur maison, elle gardait les vaches du village, soudain elle remarqua du sang qui coulait entre ses cuisses, elle commença à appeler sa mère avec le visage défiguré de peur :
- Ayou, ayou ! ata yrid âarid syan oucharouid, hatin gounzerekh zi daou ! maman, maman, viens à ma rencontre avec un torchon, je suis entrain de saigner d’en bas ! ( mot à mot : j’ai l’épistaxis d’en bas)
Taoudouhant termina son récit :
- je n’arriverai jamais à oublier ce moment.
Tassekourt, Hajjou et les autres jeunes filles pouffèrent de rire.
A la fin de la soirée, sur le seuil de la porte, les femmes ne tarirent pas d’éloge sur l’hospitalité d’Aicha Bassou, sur son excellent diner.
La grand-mère de Rahou aneghdim lui ramena dans son Aâboun ( dorne) une partie de son repas enroulé dans un morceau de papier bleu servant à l’emballage des pains de sucre.
mardi 21 avril 2009
Le monde de Aicha Bassou (35)
Tandis que Mha ajoutait des buches dans le feu, la conversation allait bon train. Elle était toujours bruyante et générale. Après les potins et les atroces ragots sur les absents rapportés par Boulakhouad et Said Afyach la discussion reprit , mais cette fois, elle était plus sérieuse. On parlait du temps qu’il faisait , de cette sécheresse qui ne voulait plus prendre fin cette année là. Et l’on se souvenait des temps d’avant, avec les neiges qui couvraient les portes d’entrée. On parlait également de la vie de tous les jours au village, du prix du blé , du bétail et des problèmes d’irrigation….
Il était dans cette belle soirée question également des événements plaisants du passé.
- Plus rien n’est vrai aujourd’hui, dit le vieux Moha Ounbarch.
- Il n’y a plus de sérieux et la baraka s’est envolée, répondit un autre.
- Savez vous pourquoi ? intervint Ouben Said.
Oubensaid est un cousin de Aicha Bassou . Il avait son âge. Tout le monde dans le village louait sa sagesse. Il faisait partie des hommes sollicités dans l’arbitrage des litiges et des controverses entre individus ou même entre tribus. Il buvait son thé en petites gorgées et attendait le moment d’intervenir en arbitre. Il continua :
- Ayaraou ! ( messieurs) Notre société se dégrade continuellement à cause de notre comportement et des entorses que nous portons à nos traditions. On n’est plus fidèles aux anciennes exigences de nos aïeuls. Et il ajouta :
- Mani tazlaft n’ouguerram ? (où est passé le plat que la tribu préparait et dédiait chaque année au Saint du village ?) , mani aajli l’moussem (où est passé le veau gras que l’on sacrifiait au festival du Mouloud ?)
Il se retourna vers quelqu’un qui avait son âge et poursuivit à voix moins haute :
- Te souviens tu du Moussem de Sidi Cheikh où toute la tribu participait à la fête ? Riches et pauvres se réjouissaient de la même façon. Cela n’était pas désagréable, n’est ce pas ?
Le sexagénaire hocha de la tête , l’air de dire : « très juste », avant d’ajouter :
- Chaque année après la moisson la tribu allait requérir la baraka du Saint. C’étaient des fêtes champêtres où l’on écoutait Imedyazen et l’on dansait Ahidous .
Après le discours exaltant d' OubenSaid, intervint pour la première fois dans la soirée Ali Bounnit- un grand travailleur , qui habitait à la lisière de la foret de chênes, à quelques kilomètres du patelin- d’un ton amer il s’adressa à l’assistance :
- Ayaraou, iboulkhir souten lakhdiyt ibatatanou ! (les sangliers ont impitoyablement saccagé ma pomme de terre), très tôt ce matin , ils avaient fait une descente ravageuse où ils avaient détruit , retourné et piétiné des dizaines de plants.
Boulakhouad esquissa un sourire moqueur , lança une œillade complice à son ami Afiyach et dit :
- Aami Bounnit, les pauvres sangliers viennent seulement te rappeler que c’est sur leur territoire que tu es installé. L’assistance s’esclaffa .
Bounnit s’irrita :
- Tu vas te taire, oui ?
Oubensaid attendit un instant que s’estompent les rires soulevés par les paroles de Boulakhouad, et dit , en se tournant vers le cavalier du garde forestier.
- Nous n’allons pas laisser cet animal redoutable et néfaste continuer à détruire l’agriculture de notre ami Bounnit. Nous devons , avec l’aval de Bouari (garde forestier), préparer une battue où l’on traquerait le sanglier jusque dans ses gites.
- Oukezza, tout en roulant sa cigarette de Tadriha, dit :
- Je transmettrai à mon supérieur.
Ali Outamghart , profitant du tumulte de la discussion s’inclina sur Oukezza pour lui dire :
- Au fait, comment il est ce nouveau garde forestier ?
- Il est consciencieux et incorruptible. Il ajouta en chuchotant : Boujemâa a jugé qu’il est temps de limiter les dégâts et le pillage occasionnés à nos forêts. Il a adressé à ses supérieurs un rapport accablant les exploitants forestiers ne respectant pas les lois en vigueur, il comprend une liste d'une dizaine de personnes ,et à sa tête le véreux Oubaw.
Mais j'aimerais bien que ce que je viens de te dire restera entre nous.
- Han aoualench g'anou! (ton secret restera dans un puits), conclut Ali Outamghrat.
Il était dans cette belle soirée question également des événements plaisants du passé.
- Plus rien n’est vrai aujourd’hui, dit le vieux Moha Ounbarch.
- Il n’y a plus de sérieux et la baraka s’est envolée, répondit un autre.
- Savez vous pourquoi ? intervint Ouben Said.
Oubensaid est un cousin de Aicha Bassou . Il avait son âge. Tout le monde dans le village louait sa sagesse. Il faisait partie des hommes sollicités dans l’arbitrage des litiges et des controverses entre individus ou même entre tribus. Il buvait son thé en petites gorgées et attendait le moment d’intervenir en arbitre. Il continua :
- Ayaraou ! ( messieurs) Notre société se dégrade continuellement à cause de notre comportement et des entorses que nous portons à nos traditions. On n’est plus fidèles aux anciennes exigences de nos aïeuls. Et il ajouta :
- Mani tazlaft n’ouguerram ? (où est passé le plat que la tribu préparait et dédiait chaque année au Saint du village ?) , mani aajli l’moussem (où est passé le veau gras que l’on sacrifiait au festival du Mouloud ?)
Il se retourna vers quelqu’un qui avait son âge et poursuivit à voix moins haute :
- Te souviens tu du Moussem de Sidi Cheikh où toute la tribu participait à la fête ? Riches et pauvres se réjouissaient de la même façon. Cela n’était pas désagréable, n’est ce pas ?
Le sexagénaire hocha de la tête , l’air de dire : « très juste », avant d’ajouter :
- Chaque année après la moisson la tribu allait requérir la baraka du Saint. C’étaient des fêtes champêtres où l’on écoutait Imedyazen et l’on dansait Ahidous .
Après le discours exaltant d' OubenSaid, intervint pour la première fois dans la soirée Ali Bounnit- un grand travailleur , qui habitait à la lisière de la foret de chênes, à quelques kilomètres du patelin- d’un ton amer il s’adressa à l’assistance :
- Ayaraou, iboulkhir souten lakhdiyt ibatatanou ! (les sangliers ont impitoyablement saccagé ma pomme de terre), très tôt ce matin , ils avaient fait une descente ravageuse où ils avaient détruit , retourné et piétiné des dizaines de plants.
Boulakhouad esquissa un sourire moqueur , lança une œillade complice à son ami Afiyach et dit :
- Aami Bounnit, les pauvres sangliers viennent seulement te rappeler que c’est sur leur territoire que tu es installé. L’assistance s’esclaffa .
Bounnit s’irrita :
- Tu vas te taire, oui ?
Oubensaid attendit un instant que s’estompent les rires soulevés par les paroles de Boulakhouad, et dit , en se tournant vers le cavalier du garde forestier.
- Nous n’allons pas laisser cet animal redoutable et néfaste continuer à détruire l’agriculture de notre ami Bounnit. Nous devons , avec l’aval de Bouari (garde forestier), préparer une battue où l’on traquerait le sanglier jusque dans ses gites.
- Oukezza, tout en roulant sa cigarette de Tadriha, dit :
- Je transmettrai à mon supérieur.
Ali Outamghart , profitant du tumulte de la discussion s’inclina sur Oukezza pour lui dire :
- Au fait, comment il est ce nouveau garde forestier ?
- Il est consciencieux et incorruptible. Il ajouta en chuchotant : Boujemâa a jugé qu’il est temps de limiter les dégâts et le pillage occasionnés à nos forêts. Il a adressé à ses supérieurs un rapport accablant les exploitants forestiers ne respectant pas les lois en vigueur, il comprend une liste d'une dizaine de personnes ,et à sa tête le véreux Oubaw.
Mais j'aimerais bien que ce que je viens de te dire restera entre nous.
- Han aoualench g'anou! (ton secret restera dans un puits), conclut Ali Outamghrat.
Inscription à :
Messages (Atom)
