Aicha Bassou était blottie contre la grosse poutre en bois tordu de sa Tanessrit (chambre de l’étage). Elle triait les Tlissine (les toisons de laine), les soupesait les unes après les autres, en éprouvait la qualité de la laine en évaluant sa longueur et sa résistance. Elle en avait choisi les plus belles. Rabha, Hajjou et Tassekourt savaient que la vielle femme tenait beaucoup à un tapis qu’elle comptait exécuter avec le plus grand soin, allant jusqu’à y travailler elle-même.
Elle comptait également pour la réalisation de cet ouvrage sur l’aide de sa bru et de sa voisine Takrirout dont elle estimait bien l’habilité.
Si Aicha Bassou attachait tant d’importance à ce tapis, c’était qu 'elle avait l’intention de l’avoir à la fête de Timeghriouine (mariage collectif) qui aura lieu au mois de Juin.
Le tissage devait commencer au plus vite si elle tenait à le terminer pour la fête où elle comptait marier Mha Ou Kousser , son jeune homme à tout faire, avec sa petite fille Hajjou.
Personne dans la maison, à part son fils Ali, n’était au courant du projet. La vielle femme, toujours égale à elle-même, souhaitait par ce tapis, qui sera multicolore, épater les Ait Taqbilt(les gens de la tribu).
De son côté Rabha, sa bru, cherchait dans un grand Sandouk(caisse), tout ce qui pouvait servir au nouvel Asseta (métier), les restes de pelotes de laine, les plantes tinctoriales ….
Récupérer tout ce qui pouvait l’être était l’un des principes de Aicha Bassou, principe qu’elle perpétuait à sa bru et que ,elle ,devait passer à sa fille Hajjou.
Dans la cuisine, quand le tajine fut cuit, Hajjou déposa sur l’Almessi (fourneau) la plus grande des marmites et fit chauffer de l’eau pour le lavage des cheveux. Les deux jeunes filles devaient se préparer pour la fête du baptême qui aura lieu chez Takrirout dans quelques jours.
Hajjou ferma la porte de la cuisine, ramena une grande bassine et s’approcha de sa cousine.
- Laisse-moi faire !
- Elle s’empara de la belle et épaisse natte de Tassekourt et se mit à la défaire mèche par mèche.
- Tu as vraiment des cheveux splendides !
- Tu as aussi de beaux cheveux, Hajjou, j’aime leur couleur noire de plumage des Ikajoun (corneilles).
A son tour Tassekourt dénoua la natte de Hajjou , elle restèrent un moment à se laver les cheveux, se brossèrent mutuellement avant de les tresser chacune pour soi.
Tout en manipulant ses cheveux Hajjou s’adressa à sa cousine :
- As-tu remarqué la façon dont cet Ouadichan te dévisageait hier au déjeuner ?
Tassekourt rougit
- Isshechmi s’ousghouzzer ness (il m’a vraiment intimidé avec ses œillades emflammées), répondit Tassekourt !
- Et tu sais qu’il est marié ?
- S’nit ? (est ce vrai ?)
- Je l’ai entendu dire à Nana Aicha qui lui avait posé la question : Ioulekh, our ioulekh..( je suis marié sans être vraiment marié).
Et Tassekourt d’ajouter :
- Aanikh our ibouna choui ouryaz na !( il me semble qu’il n’est pas tout à fait normal cet homme).
dimanche 25 janvier 2009
dimanche 4 janvier 2009
Le monde de Aicha Bassou (22)
Le sourire, avec lequel Tassekourt, avait gratifié Ouadichan le transportait de joie.
En sortant de chez les Ait Bassou, il sentait toutes les brumes de son âme se dissiper. Pour lui, le sourire émanant du gracieux visage de son aimée, quoique timide, était une franche déclaration d’amour. Il était comme fou. Avec sa taguia (calotte) enfoncée jusqu’aux oreilles sur son crâne dégarni, et le burnous de Ali Outemghart sur les épaules, il décida d’aller au pèlerinage du tombeau de Sidi Aamer Ouhalli, afin d’expier ses péchés passés devant l’ Agouram (le saint) et de lui demander de lui accorder sa bénédiction. Il tournait le dos aux maisons et aux maigres cultures de Tighermine et emprunta un sentier muletier qui monte en zigzag au dessus du village. Il arriva au bout de quelques heures sur le haut d’Agheddou et les sommets de la région de Tirghist. De là , le paysage est grandiose. Sous les quelques nuages bas qui couraient bien vers l’horizon, le regard embrasse sur l’autre versant, des montagnes ocres, et par endroits vertes de chênes rabougris, ainsi que les méandres de l’Assif Ikassen (rivière) et les plateaux de l’Issourta sillonnés par l’Assif N’ Ouirin. Ces montagnes, avec leurs forets, leurs vallées, et leurs gorges n’avaient pas de secret pour Ouadichan. Comme les garçons qu’il avait rencontrés sur le chemin, il avait commencé tôt à courir ces reliefs à travailler dans les champs. Il avait comme eux des instincts de chasse. Il se livrait avec frénésie, comme le fait aujourd’hui, Rahou Aneghdim, à la chasse des Idouis (gerboises). Il avait suivi des moutons et les chèvres dans les Ilmouten (prairies) rares de ces contrées. Il s’était caché dans les grottes ,pour fuir les orages fréquents de ces altitudes.
Entre les rochers ,aux bords des ruisseaux ,des Oueds et des séguias, il avait, avec ses amis, cherché les herbes comestibles (guizguiz, aoujdem, ….)
Ce paradis, Ouadichan, l’avait perdu depuis qu’il avait réussi ses études primaires à Tounfit. Son rêve aujourd’hui est de revenir y vivre avec son amour Tassekourt.
Il degringola à travers la belle foret de cèdres et de chênes verts, en empruntant la descente qui mène vers l’Assif N’Ougheddou pour arriver au beau village de l’Agouram Sidi Amer Ouhelli. Village aux maisons aveugles, ramassées autour du tombeau de l’Agouram.
Se rendre au tombeau de Sidi Amer, cela ne lui était pas arrivé depuis plusieurs années. Il atteignait le tombeau, y pénétra en répétant le mot Tesslim (paix). Des souvenirs de son enfance effleurèrent sa mémoire. Souvenirs du temps où il visitait ce lieu avec sa défunte mère, avec l’âme calme et sans soucis. Il invoquait Sidi Amer Ouhelli avec tout son être et son âme. Il s’inclinait sur sa tombe et ne cessait de dire, les larmes aux yeux,
- Aha Sidi Amer, yikh tawaglalt, zlani imekssaoun (je suis comme une brebis touchée du tournis, je me sens perdu). Je te demande d’intercéder pour moi auprès de Dieu, toi qui es connu pour ta force magique ambivalente car tu peux punir comme tu peux répandre le bien. Je te prie de nous protéger, Tassekourt et moi, du mauvais œil et de faciliter notre union. Je te demande également d’accabler de malheur mon épouse Souad, source de mes tracas et d’activer notre séparation.
La dessus il lit la Fatiha , passa les paumes de ses mains sur son visage . Et conclut par" un Amine A Rebbi "prononcé à très haute voix .
En sortant de chez les Ait Bassou, il sentait toutes les brumes de son âme se dissiper. Pour lui, le sourire émanant du gracieux visage de son aimée, quoique timide, était une franche déclaration d’amour. Il était comme fou. Avec sa taguia (calotte) enfoncée jusqu’aux oreilles sur son crâne dégarni, et le burnous de Ali Outemghart sur les épaules, il décida d’aller au pèlerinage du tombeau de Sidi Aamer Ouhalli, afin d’expier ses péchés passés devant l’ Agouram (le saint) et de lui demander de lui accorder sa bénédiction. Il tournait le dos aux maisons et aux maigres cultures de Tighermine et emprunta un sentier muletier qui monte en zigzag au dessus du village. Il arriva au bout de quelques heures sur le haut d’Agheddou et les sommets de la région de Tirghist. De là , le paysage est grandiose. Sous les quelques nuages bas qui couraient bien vers l’horizon, le regard embrasse sur l’autre versant, des montagnes ocres, et par endroits vertes de chênes rabougris, ainsi que les méandres de l’Assif Ikassen (rivière) et les plateaux de l’Issourta sillonnés par l’Assif N’ Ouirin. Ces montagnes, avec leurs forets, leurs vallées, et leurs gorges n’avaient pas de secret pour Ouadichan. Comme les garçons qu’il avait rencontrés sur le chemin, il avait commencé tôt à courir ces reliefs à travailler dans les champs. Il avait comme eux des instincts de chasse. Il se livrait avec frénésie, comme le fait aujourd’hui, Rahou Aneghdim, à la chasse des Idouis (gerboises). Il avait suivi des moutons et les chèvres dans les Ilmouten (prairies) rares de ces contrées. Il s’était caché dans les grottes ,pour fuir les orages fréquents de ces altitudes.
Entre les rochers ,aux bords des ruisseaux ,des Oueds et des séguias, il avait, avec ses amis, cherché les herbes comestibles (guizguiz, aoujdem, ….)
Ce paradis, Ouadichan, l’avait perdu depuis qu’il avait réussi ses études primaires à Tounfit. Son rêve aujourd’hui est de revenir y vivre avec son amour Tassekourt.
Il degringola à travers la belle foret de cèdres et de chênes verts, en empruntant la descente qui mène vers l’Assif N’Ougheddou pour arriver au beau village de l’Agouram Sidi Amer Ouhelli. Village aux maisons aveugles, ramassées autour du tombeau de l’Agouram.
Se rendre au tombeau de Sidi Amer, cela ne lui était pas arrivé depuis plusieurs années. Il atteignait le tombeau, y pénétra en répétant le mot Tesslim (paix). Des souvenirs de son enfance effleurèrent sa mémoire. Souvenirs du temps où il visitait ce lieu avec sa défunte mère, avec l’âme calme et sans soucis. Il invoquait Sidi Amer Ouhelli avec tout son être et son âme. Il s’inclinait sur sa tombe et ne cessait de dire, les larmes aux yeux,
- Aha Sidi Amer, yikh tawaglalt, zlani imekssaoun (je suis comme une brebis touchée du tournis, je me sens perdu). Je te demande d’intercéder pour moi auprès de Dieu, toi qui es connu pour ta force magique ambivalente car tu peux punir comme tu peux répandre le bien. Je te prie de nous protéger, Tassekourt et moi, du mauvais œil et de faciliter notre union. Je te demande également d’accabler de malheur mon épouse Souad, source de mes tracas et d’activer notre séparation.
La dessus il lit la Fatiha , passa les paumes de ses mains sur son visage . Et conclut par" un Amine A Rebbi "prononcé à très haute voix .
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