lundi 30 avril 2007

L'enfant endormi:"erragued".


La croyance à "l'enfant qui dort dans le sein de sa mère" est encore très répandue dans la région. Pour le "réveiller", certaines femmes s'adonnent à de multiples pratiques magiques : recettes réchauffantes, pélerinages etc....
Elles espèrent ainsi, parfois après plusieurs années, voir une relance de la grossesse et un accouchement.
Cela posait de sérieux problèmes juridiques et servait à garder le mari en haleine. L'échographie est entrain de Déboulonner ce tabou.

dimanche 29 avril 2007

Les juifs de l'ancien Midelt(Outat).


L’étude historique de la population juive d’Outat se heurte aux problèmes de sources. Les juifs autochtones, que nous avons pu questionné, ne savent pas dans quelles conditions leurs ancêtres étaient arrivés dans les ksour d’Athmane Ou Moussa, Bouzmella et Ait Ouafella ; tout ce qu’ils savent c’est que ces kasbahs étaient habitées par des juifs et des musulmans, et que les juifs n’étaient pas isolés dans des mellahs comme dans les grandes villes.
Les juifs ne se sont installés dans l’Outat qu’après l’arrivée des Ait Izdeg, c’était au cours du XIX siècle. Les indications des stèles du cimetière juif se trouvant à Tizi N’Oudayne près de Guerouane sont en faveur de cette hypothèse.
Un grand nombre de familles étaient originaires du Tafilalt (Gourrama, Rich, Ksar Souk …) ou de Debdou.
D’autres revendiquent une origine d’Essaouira via Ait Itzhak) c’est le cas de la famille Pintou, dont le père était Caïd à Athman Ou Moussa.
Les juifs d’Outat étaient des campagnards qui menaient la même vie rudimentaire que les Ait Izdeg et Ait Ouafella .
Le marquis de Segonzac, rapporté par Amina Ihray, notait à la fin du XIX siècle : " les juifs ont une situation exceptionnelle chez les Ait Izdeg et les Ait Ouafella ". En effet, les témoignages oraux des anciens Outatiens nous rapportent qu’ils vivaient en bon voisinage.
Les mêmes sources nous disent que les juifs d’Outat, et surtout ceux des Ait Ouafella étaient fellahs. Ils possédaient des terrains qu’ils exploitaient ou faisaient exploiter par des khemmesses (ouvriers qui bénéficient du cinquième du rendement agricole.)
D’autres étaient forgerons, fabricants de bas et de tamis, potiers, et surtout marchants ambulants qui sillonnaient le Haut Atlas Oriental à dos d’âne. Ces colporteurs vendaient leurs marchandises à crédit aux Zedguis qui ne pouvaient pas régler comptant.
Amina Ihray nous rapporte un témoignage concernant ce sujet : « nous avons eu connaissance à travers des papiers familiaux, que l’on nous a confiés du cas d’un Zedgui qui a dû racheter tout son patrimoine que son père avait hypothéqué auprès des juifs colporteurs ».
Les cultes populaires des juifs d’Outat présentaient d’évidentes analogies avec les cultes maraboutiques des Ait Izdeg et des Ait Ouafella.
A Taâkite existait, jusqu’à des temps récents, une sépulture d’un Saint juif connu sous le nom de Moul El Kaf.
Plusieurs rabbins de la région (Outat, Gourrama, Rich) étaient considérés comme maîtres dans l’art d’écrire des talismans. Ils avaient acquis la réputation de produire l’effet attendu et Ils étaient consultés par une grande population surtout féminine, aussi bien juive que musulmane.

jeudi 26 avril 2007

Hommage à Soeur Geneviève PRAT.

Discours prononcé au Centre Socio éducatif Al Amal, en présence des amis de l’association en 2005, et que je tiens à publier aujourd’hui pour renouveler mon hommage à cette grande dame âgée aujourd’hui de 80 ans et qui est toujours active au sein de l’association.
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Je vous remercie d’avoir accepté notre invitation, et je remercie tout particulièrement ceux qui ont fait un long voyage pour venir à Midelt, célébrer avec notre bureau l’hommage que nous tenons à rendre avec respect et considération à une immense personnalité : Sœur Geneviève Prat, la fondatrice de notre association humanitaire Al Amal.

Chère Sœur, je n’estime pas avoir le talent suffisant pour que ce simple discours soit à la hauteur de votre personne. Pour parler objectivement et sereinement de votre carrière d’enseignante au Maroc, c’est une biographie qu’il faudrait écrire ; et cela me semble relever du travail d’un professionnel de l’écriture. De toute évidence, mon mot sera très insuffisant, il ne peut englober que les aspects connus de votre travail de longue haleine, un demi-siècle, dans notre pays.

Vous avez toujours choisi de travailler de manière non ostentatoire et vous préférez laisser vos sacrifices muets. C’est pour cela que je ne ferais que survoler les aspects connus de votre carrière.

Depuis votre arrivée au Maroc en 1954, vous vous êtes vouée entièrement à votre noble vocation : l’enseignement, l‘éducation et le savoir. Vous avez œuvré pendant des décennies avec abnégation et compétence dans plusieurs régions du Maroc : Meknès, Casablanca, Rabat, Midelt (en 65-66), Goulmima, Khouribga et encore Midelt. Dans toutes ces villes vous avez formé pas mal de générations, vous avez guidé, orienté et inculqué à vos élèves le sens des responsabilités, les vertus de l’effort et de la patience. Votre perspicacité était déterminante pour le devenir de beaucoup d’entre eux qui sont actuellement de hauts cadres dans notre pays.
Parallèlement à votre travail d’enseignante, vous vous êtes toujours intéressée aux familles pauvres et à leurs enfants.
Par votre intermédiaire, un nombre considérable d’enfants présentant des malformations faciales ont retrouvé la joie de vivre.

En 1990, à l’âge limite qui vous donne droit au départ pour une retraite amplement méritée, après une carrière longue et laborieuse, à l’âge où d’autres songent au repos, vous avez continué votre noble travail avec plus d’ardeur encore et de dynamisme.

Aidée par quelques bonnes volontés, vous avez ouvert des classes de soutien scolaire et une bibliothèque à la Kasbah Meryem aux centaines d’élèves démunis de Midelt.

En 1996, avec l’aide d’une poignée de volontaires, vous fondez l’association Al Amal que j’ai l’insigne honneur de présider depuis cette date, dédiée à l’aide de l’enfant en difficulté à Midelt. Les membres de l’association s’évertuent à donner le meilleur d’eux-mêmes pour continuer ce que vous avez toujours fait, l’enseignement et l’aide aux pauvres.Vous suivez le travail de tous en véritable directrice d’entreprise.
Vous connaissez les animateurs, les bénévoles et un grand nombre de bénéficiaires. Vous insistez sur la formation des animateurs, pour développer les acquis, en matière d’encadrement pédagogique et d’animation culturelle.
Vous dites toujours que la continuité de l’association ne peut se faire sans des animateurs compétents. Pour vous, le diplôme seul ne veut rien dire. Ce qui compte c’est la vocation et le travail sur le terrain.

Bien entendu, les moyens de l’association sont presque inexistants. Elle n’a pu réaliser ce qu’elle a réalisé et manifesté sa solidarité avec les démunis, qu’avec l’aide de ses collaborateurs et partenaires ; citons Caritas, la Ministère de l’Education Nationale, le Cercle des Ambassadeurs, le Rotary Club de Perpignan, l’heure joyeuse et les particuliers.
Je tiens à exprimer à tous ceux là, la profonde gratitude du bureau de l’association et des bénéficiaires.
Je tiens à saluer le dynamisme de tous les amis de l’association, les volontaires au Maroc et à l’étranger qui contribuent grandement à faire connaitre Al Amal.
Et avant de finir, ma sœur, je voudrais dire un mot sur une manifestation symbolique qui a une portée très significative, à savoir l’université d’été . Cette manifestation que vous avez entamée il ya quelques années est devenue une tradition. Chaque année nous recevons une vingtaine de jeunes français qui viennent , pour quelques jours, tisser des liens d’amitié avec les jeunes marocains, connaître notre culture et nous aider dans la réalisation de quelques projets.
Par cette initiative, vous avez collaboré au dialogue interculturel entre le nord et le sud, dialogue fort nécessaire en ces moments difficiles que vit l’humanité.

Pour finir, veuillez accepter les remerciements et la gratitude des membres de l’association pour tout ce que vous avez fait dans notre pays en général et à Midelt en particulier. Ce travail colossal ne peut émaner que d’un être passionné par le Maroc et ses hommes.

J’espère, Sœur Geneviève, que vous allez garder longtemps votre dynamisme.
Et soyez assurée de l’affection et de la solidarité de tous les membres de votre association.

Je tiens à remercier mon ami Roger VISSE qui avait fait publier cet hommage dans la revue SALAM n° 156-2005.