Le mois de juin était fini. La chaleur était revenue . Au retour des champs,
les hommes de Taghzout se réunissaient dans la place centrale du village.
Les enfants jouaient à quenyoufer(cahe-cache) où à(tiqouâa)osselets sur les aires d'abattage . Les femmes, après le diner, venaient s'assoir au seuil de leurs maisons.
A Taghzout, à Tighermine et dans tous les villages du dir du Haut Atlas on ne parlait que des démêlées d'Oubaw et de sa bande de voleurs de cèdres
avec la justice. Plusieurs exploitants forestiers, ainsi que certains gardes
forestiers véreux, étaient accablés par le rapport de l'inspection des eaux
et forêts. Ils seront, selon ce rapport, poursuivis pour " dilapidation des forêts de chêne et de cèdre, depuis plusieures années, à des fins d'enrichissement personnel".
Oukezza avait même divulgué la dâte du jugement d'Oubaw. Ce sera le quinze juillet.
Oubaw feignait ne pas prêter attention à ce qui se disait autour de lui.
Il était resté égal à lui même, hautain et orgueilleux. Il comptait, comme
d'habitude, sur la complicité et les connivences qu'il a su nouer dans toute
la région avec son argent sale.
Une minorité des hommes du village dignes de ce nom l'évitait. D'autres ,
les hypocrites, dont fait partie Oujaghrour, le père de Tassekourt, le
côtoyaient avec des paroles aimables comme s'il n'étaient au courant de rien.
Pour montrer aux villageois qu'il était l'homme le plus puissant de
la région qui ne craignait pas la justice. Il avait tenu à fixer la date
de son mariage avec Tassekourt , le même jour où il devait se présenter
devant le magistrat, pour les faits graves qui lui étaient reprochés.
Pour officialiser sa demande de mariage , Oubaw avait envoyé à la
maison de la jeune mariée une offrande faite de pins de sucre,
de bidons d'huile, de sacs de farine , du henné, des œufs dures, des dattes
et d'un mouton à sacrifier. Les cadeaux étaient transportés par des jeunes
filles qui chantaient , dansaient et lançaient des grands youyous.
La famille de Tassekourt, de son côté, invita avec fierté les voisins
et les membres de la famille pour l'aider à la préparation de la cérémonie
qui, selon Oubaw, devrait durer au moins une dizaine de jours.
Une angoisse et un désespoir infinis burinaient le beau visage de Tassekourt
Elle sanglotait à fendre l'âme. A côté d'elle, sa grand mère maternelle
la consolait à voix basse. Sa mère lui répétait comme d'habitude:
- Calme toi, ma petite, ton mariage avec Oubaw tient de la prédestination!
mimounem ayin ( c'est ta chance) . Il faut l'accepter. En plus, Oubaw est
un homme riche, il te rendra sans aucun doute heureuse.
Une jeune voisine qui avait le même destin que Tassekourt comprenait
son embarras et son tourment, s'adressant à sa voisine en chuchotant:
- Nous les femmes, nous sommes vraiment bien peu de chose devant la
nature masculine de la trempe d'Oubaw.
Les Ait Bassou et d'autres membres de la famille , qui ne voulaient pas entendre parler de ce mariage, n'étaient pas présents à ces préparatifs.
vendredi 3 septembre 2010
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