samedi 14 février 2009

Le monde de Aicha Bassou (26)

Le lendemain de la consultation à Tirghist , Oukeza réveilla de bonne heure l’équipe médicale . Il leur montra un spectacle merveilleux : de la fenêtre de la chambre d’hôte ils voyaient distinctement une douzaine d’Oudaden (mouflons) alignés sur une crête enneigée de Jbel Moaskar.
Le Docteur Boufelja était émerveillé, il répétait :
- Je suis bien content d’être venu dans cette région, quelle aventure !
C’était, dans le soleil de ce dimanche, un spectacle inattendu.
Au cours du petit déjeuner, Boufelja, Chakour et le jeune forestier Boujemaa apprenaient grâce aux nombreux échanges avec le vieux cavalier beaucoup de choses sur ce bovidé.
C’était un émouvant plaidoyer qu’ils avaient entendu. Le sympathique Oukeza, leur raconta que : « dans les oueds aujourd’hui presque à sec, on pouvait naguère voir des troupeaux entiers d’oudaden. Quand il faisait très chaud, toute la journée sur les crêtes, ils descendaient boire tranquillement sans être dérangés. Et il ajouta en soupirant que dans les vallées et les cimes de nos montagnes, abondaient il y a encore quelques décennies, mouflons, perdrix, lièvres, palombes, chacals, sangliers et renards.
Le jeune forestier intervint :
- Je crois qu’à cause de la pression humaine, de la chasse et du braconnage abusifs, de la déforestation dévastatrice et également à cause de la sécheresse chronique, de nombreuses espèces de la faune de nos forets deviennent de plus en plus rares.
- Aandek l’haq assi bouaari (c’est vrai ce que tu dis là, Mr le forestier ), répondit Oukeza à son chef, en ajoutant que le gibier de l’Atlas a été massacré en grande partie par Tahiyaht ( ratissage abusif), même moi, j’avais à mainte reprises participé à Tihiyahin : les jeunes robustes de Taqbilt ( la tribu) étaient poussés généralement par les autorités locales à courir et à crier à tue tête dans les forets , les vallées, et dans tous les retranchements du gibier pour le ramener aux pièges des tireurs venus des grandes villes .
Ouadichan n’avait pas participé à cette passionnante discussion. Il était resté dans son lit . Il a été toute la nuit en proie à quelques cauchemars. Il voyait dans ses mauvais rêves sa bien aimée Tassekourt avec sa Takidourt multicolore des grands jours montée en croupe tantôt sur Oukaamoun derrière le garde forestier, tantôt sur le mulet derrière Mha Oukousser . Il s’éveillait , s’endormait et se retournait toute la nuit . Les deux soupirants du mauvais rêve Boujemaa et Mha Oukousser ne le laissait pas en paix au point qu’il s’était mis à les redouter autant qu’il redoutait les autres obstacles qui le séparait de son amour : son épouse Souad et le manque d’argent. Toute la nuit il se posait la question : est ce que Tassekourtinou est devenue une cause désespérée ? Le cœur du pauvre Ouadichan brulait entre amour et souffrance. Le doute et la jalousie rongeaient Ouadichan qui avait pris son mauvais rêve pour une réalité. Toute la matinée , il voulait aller élucider l’affaire avec son premier "rival "Boujemaa, mais il n’osait pas . Peur du ridicule ou peur de la vérité ?
A un certain moment son âme désespérée aspirait à la paix . Il décida alors d’affronter ce péril face à face . Il murmura :" advienne que pourra". Il se dirigea vers le bureau du garde forestier , ouvrit la porte et lança un bonsoir auquel Boujemaa répondit, il s’assit à ses cotés et déclara sans préambule avec son accent du terroir :
- Ouach kataaref Tassekourt ? (est ce que tu connais Tassekourt ?)
Le jeune forestier qui venait d’apprendre les noms du gibier en berbère lui répondit :
- Tassekourt, hiya l’hajla ( Tassekourt, c’est la perdrix)
- Awa machi tassekourt dial aari (je ne parle pas de tassekourt des forets , je te parle de la fille qui vit avec Aicha Bassou.
Boujamaa hésita un instant :
- Et pourquoi cette question ?
Ouadichan détourna les yeux comme s’il craignait que Boujemaa devine ses griefs et dit avec indifférence
- Simple question.
Boujemaa, qui a deviné le pourquoi de la question, répondit :
- Eh bien tranquilise toi , je ne connais pas cette fille . Tu n’as rien à craindre de moi .
Ouadichan avait envie de lui prendre la main pour lui dire merci , feignit l’indifférence , sourit comme si de rien n’était.
Chakour qui était assis sur une souche près de la fenêtre du bureau avait tout entendu , il réprima un fou rire.

6 commentaires:

ouhamou d'aryaz a dit…

bonsoir docteur;
sa faisait pas mal de temps que je n'ai pas visité votre blog,aujourd'hui j'ai franchi le pas en délaissant une autre activité et j'en suis content,je n'ai pas lu tout les épisodes de votre roman mais je vais le faire pour une simple raison c'est que ma grande mère s'appelait aicha bassou que son âme repose en paix,et si un jours vous éditez cet ouvrage j'aimerai une petite dédicace de votre part.merci

Dr Mouhib Mohamed a dit…

Bonsoir Ouhamou d'aryaz,
Cela me fait plaisir de vous relire . C'est vrai que cela remonte à loin votre dernier passage.

Quelle coincidence, vous êtes le troisième lecteur du blog dont une parente s'appèlle Aicha Bassou.

J'espère que l'histoire vous plaira , et bien entendu quand le roman sera édité, je me ferai un réel plaisir de vous le dédicacer.

Bien cordialement,

Hassan EL OMARI a dit…

Bonjour Docteur,

De jour en jour, je découvre en vous un grand écrivain.

Merci d'avoir partager avec nous ces récits de la culture bèrberes.

Hassan EL-OMARI

Dr Mouhib Mohamed a dit…

Bonjour Hassan,

Grand écrivain! c'est très hyperbolique pour moi. Tu es gentil Hassan
Merci pour tes encouragements intarissables.
Bonjour à la famille.

Bien cordialement

yassan a dit…

la langue Amazigh est vivace ,nous devons la parler , l'écrire et la vivre pour assurer sa pérpetuité.Malgré qu'il est devenu difficile de rédiger une phrase sans emprunts , arabe ou français , l'effort doit se diriger à exploiter les dictionnaires disponibles à savoir ceux de C.D.Foucault, l'INALCO , CHAFIQ et bien d'autres.


Asuγel s Tmaγit :

"̏Amađal n Σica Bassu 26"

Askka n uzruy g Tirγist , isfafa Ukezza ziķ tarabbut n ujjujey.Imel asen yan inezri ihlan : seg serjem n tafitalt g zedγen , ar ttiniyen sin d mraw n wudaden igan asserrid afella n uzilal n udrar n Muɛaskar iney utfel.
Amejjujey Bufelja, irɛeb ar ittini :
- Zhiγ cigan llig d ddiγ s temnat-a , matta udway !
G tafuyt n wassa acur , adway-a ur ittuganna.
Allig da tettan imeķli, Bufelja,Cakur d buɛari aterras Bujemɛa ar lamden cigan γur umnay awessar s umrara n wawal γef teγmert-a.
Hat yan umusten ihrran ami sllan. Arasen iteqqis Ukezza is ikka g isaffen druγ iqquren dγi , nγey aninney tawala nimlalen .adday irγa wass , afella n izilalen , dad ṭtaren ad swin walu mayed ten isenbuttulen. , yasey tixzt , irru inna kkan g waqqiwen d iγezran neγ ar ttidiren wudaden, tisekkurin, tiwtal, itbiren,uccan,ilefen d iɛelban.
Inđud uterras bu ɛari inna :
- Uķzeγ ised tagidit n-ufgan , agmar d menγiwt taggadayt,asedras n taganin s wubuy d taγarin iɛtan, cigan n iseķwla n taganin neγ ar tedrasen.
- Stit ayed tennid a mas buɛari , iruras Ukezza i uķswat nes, yales inna id tahayyaht ayed ixlan amata n igđađ n ɛari : iɛerrimen yussan n tawsit arten tḥuzen inebbađen n wansa ad regwlen ,suqqren g ķu mayed igan aqqa , amadel d idraren add ssiwin s amday n winna ikkaten d iddan g iγerman ixataren.
Ur yammu Uɛddican g umsiwal-a . iqqima-nn g wusu unes.izzrey iđ mayed ila g icehenciren . ar ittiney g twirga nes ixxan Tasekkurt dda ira s tqidurt nes taferqact tikelt tuley γef Uķeɛmun đart buɛari , tiķlt afella n userdun đart Mḥa Usķr .dad inkker , yaγul igen mayed il yiđ. Imarayen s sin n twargit ixxan , Bujemɛa d Mha Uskur uret udjin g wazzul allig asen igwed imķinna igwed i ifikkac ikkan gras d tadda ira : tameṭtuṭ nes Suɛad d fad n-iqariđen. Mayed ila yiđ iseqsa ul nes : ures Tasekkurt is tga asirem yuyellan? Ul n uɛeddican ar itγus ges tayri d umert.iγus s uḥrez wul n Uɛddican iγalen is tga twargit nes tidet.aķw tifawt ira ad iddu s afna nes Bujemɛa maķa ur iγiy. Tuwda n tiḥḥuyđa mid tin tidet ?
Yan waķud iman nes izelɛen ar itetter azzul. Iγtes ad idmer taγawsa-a udem s udem.ar itgemgim , « iran ifγed ».isney iγef s tafitalt n tawuri n buɛari, yanef tiflut , izeređ as yan timensiwin nna mi irura Bujemɛa, iqqim tamanes innayas min inbuttulen s wawal nes n tmazirt :
- Is tassned Tasekkurt ?
Buɛari Aterras imecday ilmed asaγen n igđađ n ɛari s Tmaziγt irura yas :
- Tasekkurt , hat « Lhajla »
- Awa urid Tasekkurt n ɛari , daķ sawaleγ γef terbat illan γur Ɛica Bassu.
Imrara Bujemɛa yan imiq :
- Uķan max aseqsi-a
Isewrerrey Uɛeddican aqmu nes , ammi igwed i Bujemɛa add issufeγ asķaren nes , inna ur ikkul :
- Aseqsi abazin
Bujemɛa issen mas idda useqsi irura :
- Iwa γas smiđ , ur ssineγ tarbat-a. uri tegwide g wađu.
Uɛeddican , iran ad as yameż afus adas yini tanemmirt , ig ammi ur ikkul , ar iṭesṣa zun ur illi walu.
Cakur illan iqqima afella n yan uqbu tama n cerjem isella i umata , iffer yan umezmug n taṭsa ican ķa.


Mel = montrer
Inezri= vue , sight
Ilef = sanglier
Anmuder = animal
Tawsit =tribu
Amaray = amant, amoureux
Amarray = touriste
Azzul =paie
Asirem=espérance
Afna = conclurant , adversaire
Min =sans
Asaγ , isem = nom
Abazin = simple

Dr Mouhib Mohamed a dit…

Bonjour Yassan , je ne peux que partager ton commentaire édifiant ;bravo encore pour vos efforts et la traduction fidéle du texte.Bien cordialement.