Aicha Bassou racontait :
- Je suis née à Tghermine, une année que la mémoire locale n’oubliera jamais : l’année de « Tin Tzizaout » .
Benha Boulakhouad, le rigolo du village, me taquinait toujours en me disant :
- « Ta naissance Aicha a été un grand événement ! Elle a été saluée par le roulement des armes à feu, pas ceux d’une fantasia. Mieux ! Ceux d’une guerre. »
Mon cousin le rebouteux, qui se rappelle de la journée de ma naissance comme si c’était hier , me disait : « ce jour là, une fusillade a eu lieu tout près de notre village dans les montagnes difficiles d’accès d’Aghedou. C’était le commencement de la guerre entre l’armée de l’occupation et les hommes du résistant téméraire Sidi El Mekki. Un massacre. Une hécatombe. Le nombre des "iaarimen" tombés dans le champ d’honneur se comptaient par dizaines
Il ajoutait : -« Tu as failli naitre dans le cimetière de l’Igherm , il s’en était fallu de peu .
Ta mère, paix sur son âme ! , avait eu « Oqdiaâ » (les premiers signes de l’accouchement) au moment où elle participait aux cotés des femmes de l’Ighrem à la cérémonie macabre « Ouiyha ». Au moment où les pleurs et les cris « awa hay » atteignaient leur paroxysmes, les contractions s’étaient accentuées.
Le destin m’avait épargné ce désagrément. "Tourhimt" avait eu juste le temps de me déposer sur une peau de mouton dans la maison la plus proche du cimetière.
Mes parents étaient des gens comme on en fait plus, tous les deux d’une forte carrure. Une sélection de la nature. J’étais la troisième d’une fratrie de cinq enfants, un garçon et quatre filles, sans compter les morts en couches.
Mon père était passé maitre aux champs et à l’écurie. Il cultivait lui-même ses terres, donnait à manger aux bêtes. Il buvait le lait de ses chèvres et on ne l’a jamais vu aller au souk avec un sac sur l’épaule pour acheter le blé. Il entretenait avec beaucoup de zèle son « Ahdadi »(le cheval berbère), c’était sa fierté.
Il faisait partie des valeureux cavaliers de "Taqbilt".
Aicha Bassou se plaisait à évoquer cette époque. Elle continua : Après le décès accidentel de mon frère et le mariage de toutes mes sœurs, mon père m’accordait tout son temps libre. Jamais il ne revenait des champs ou de la foret sans s’informer d’abord à mon sujet. Il m’avait appris, que Dieu ait son âme, à marchander au souk, à s’occuper de l' élevage des ovins, à manier le fusil "Bouchfer" avec dextérité. Il avait fait de moi une cavalière hors pair. Il m’avait appris à rivaliser avec les meilleurs cavaliers de la région. J’avais participé à des fantasias régionales à Tizi N’Imneyn chez les Ait Ayach et à Igr N’Jamaâ à Aghbala chez les Ait Soukhman. Dans « Tassrebt » (l’équipe) des Ait Bassou , il y avait toujours à coté de moi mon futur mari, le père de Ali . Nous étions jeunes et beaux, j’avais à cette période l’âge de Tasekourt . J’avais moi aussi, la même taille fine à cet âge, les mêmes cheveux noirs et la même ardeur de vivre.
Aicha marqua une pause et soupira profondément avant de continuer : mon père n’avait jamais fait de différence entre les garçons et les filles. J'ai appris avec lui à m’imposer « au nez et à la barbe de la gente masculine ».
Quant à ma mère, elle me chérissait également, elle avait fait de moi la fille laborieuse
Maitrisant les travaux ménagers et ceux de la laine.
J’ai eu leur bénédiction. « Ahn’Irhem rebbi ! »
Il y avait dans le vent léger l’odeur du fumier que M’Ha transportait au verger.
lundi 29 septembre 2008
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5 commentaires:
bonjour Dr Mouhib
merveilleux episode que celui ci, un des meilleurs sans doute
amities a ton epouse et a ta famille
patrick
Bonjour Patrick,
Je te remercie beaucoup pour tes encouragements et ta fidélité.
Salam à toute la famille
Amitié
Bonjour, Adig l3id anbarch. On ne peut qu'être captivé en lisant ce monde de Aicha Bassou , j'attend impatiemment la suite. Amitiés.Dahri
Bonjour Dahou;Imchas teyd Imal .Cela me procure beaucoup de plaisir que le monde de Aicha Bassou te plaise.Merci pour le passage.Bien cordialement
Après une petite escapade la ou il n'y a aucun réseau , au pied de l'Adrar ,me voila continuer à envoyer la traduction de cette histoire qui me tienne à cœur et qui ressemble à celle de toutes nos mères :
"Amaḍal n Ɛica Bassu . (11)"
Ɛica bassu ar teqqis :
Luliγed g Teγrmatin , g yan usegwas ur tar i-ttyattun , iḳzin g wulawen , asegwas n Tin Tzizawt .
Benha bu laxwaḍ , igan imsetsi n tmazirt da γifi itfella ari i-ttini :
« Ilili nnem a Ɛica iga yan uḳtay axatar , s ittusfalla ugari , maci win tefrawt , ugar ! win imenγi »
Ayaw inew imjjejey , iḳtin ass n–ilili new amm-id asnat , dayi ittini « ass , nnaγ tenker tirit tama n iγrem neγ g idurar imuɛar n-uγeddu . hatin asfall n imenγan ger iserdasen n ucengu d irizen n-unazbay adeway Sidi Elmekki . amray , d uxlu amḍan n iɛrrimen immuten g wansa n wuddur llan s-id mraw.
Ar i-ttales : « druγ ayed tlulid g-isemḍal n-iγrem , ur kem ites ibḍi xes imiq .immam , ad γifes issifes waqquc ! idda yased wuqdiɛ g uzmez g tt-awes i tutmin n iγrem ider « wiyha » . llig tanhem tala d-iγuyyan ur ttiseliid xes « awahay » adren isetsan d-izbaren .
Yuryi umur inew , ixub n waḍu-a , ur as igi uzmez i-turhimet γas mag-i tseris g yan uslix n-unuguḍ g taddart inmalan isemḍal.
Imarrawen inew s-sin ufan zuned amata , afrren agaman . giγ tis ḳraṭ g semmus n-wawmaten , yan urba d kuẓ n terbatin min an siḍen winna immuten g teḥruyin .
Ikka ibba , iga imherri n yigran d urehbiy . ikka da iḳrez i-wul nes igran nes , ar yakka utci i-imudar. Ikka da issa ageffay n tiγtṭen nes , ur djin ityanney ad yasiy aɛdil s-agdez add iḳil irden .ikka da itqabal s cigan n txemmit ahdadiy nes , hat aburez nes ayennaγ.
Illa g imnayen ait wuddur n tawsit .
Imeqqur γur Ɛica Bassu ad teldey tallit-a , ar ttales : daret mayed infey ddaw wakal iyma ur γifes ngi , d yiwel n umata n-iset utma , iḳayi ibba akw taγḍfet nes . ur djin d yaγul g yigran neγ g taganet xes mek γifi isnγmes . islemdi , ad yariy waqquc iman nes , ad sqeγ g ugdez , ad qqableγ asegmi n wulli , ad armeγ titi s ubeckiḍ « Bucfer » min azeggal . igayi d tamnayet n tidet . islemdi ad tmjahadeγ d imnayen ixataren n tmazirt . ammuγ g tefrwin teggan ait Ayyac g Tizi n-imnayen d ait Sxwman n-uγbala g yiger n ljmaɛet. g « tasrbet » n-ait Bassu ikka da ittili aha tamanew uryaz inew n-imal ibbas n Ɛli . nekka nmezziy nehlu iliγ g uzmez-a g-usemmud n Tasekuret.
Tumma imiq Ɛica , tasiy tixet dat ad teddu g wawal : ur djin isyaf ibba irban neγ terbatin xef wiyeḍ , lemdeγ dides ad ummuγ , mriγ anzaren d tmira n-iwtman »
Idd imma , kkiγ γudaγ γures awed nettat , tgayi d tarbat timherrit ilmden tawuri n jaj d tin taḍut .
Uwin ul nsen s-aḳal imellul g temnat inew « atten yariy waqquc »
Illa g uzwu waḍu n-mazir ittasiy Mha s-urti .
Iserdasen = militaires
Acengu = ennemi
Anazbay = résistant
Amḍan = nombre
Mraw = dix
agaman = naturel
semmus = cinq
siḍen = compter
imudar = animaux
agdez = souk , marché
tawsit = taqbilt , tribu
tallit = époque
abeckiḍ = fusil
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